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Ce blog se veut un lieu de réflexion libertaire autour des concepts de domination et de pouvoir.L'objectif serait de fournir une base référentielle pour faciliter le renouveau de la pensée libertaire. Attention comme tout blog il faut commencer par la fin soit le message le plus ancien. Pour faciliter ,les articles ont été numérotés puisqu'ils font partie d'un ensemble de textes. La forme blog m'est apparue plus intéressante que la brochure en raison de la gratuité et des échanges à venir.Vous pouvez laisser des commentaires en cliquant sur l'icône éclair.Cordialement et bonne lecture !

12 Apr

ANARCHIE ET POUVOIR 14

Publié par sureau  - Catégories :  #anarchie et pouvoir

Ordre, pouvoir et anarchie

« Le fondement de la doctrine est donc la supposition d'une parfaite solidarité entre les hommes. Or, bien que la solidarité, comme sentiment et comme idée, existe et qu'elle soit destinée à se développer et à prendre un grand essor dans la société future au fur et à mesure qu'augmentera le bien-être, il y aura cependant toujours des hiatus dans la société future; l'intérêt individuel ne concordera jamais parfaitement avec l'intérêt collectif; l'intérêt d'un individu ne concordera jamais parfaitement avec celui de tout autre les groupes ne seront pas non plus tout à fait solidaires il y aura des individus et des groupements qui essaieront de se faire la part meilleure et surtout il sera nécessaire de s'entendre, de poser des règles, de contracter des obligations, de maintenir les engagements pris, de respecter et de faire respecter certains principes de justice. "[1]

Merlino révèle là, toute la mythique problématique du pouvoir libertaire.

Il n’est qu’à consulter les nombreux opuscules qu’égrenèrent les multiples organisations anarchistes de l’histoire de l’anarchisme pour prendre la mesure de la permanence de cette préoccupation du mouvement anarchiste, partagé entre cet idéal de la communauté humaine et la réalité tangible propre à tout groupe humain.

Les débats sur la plateforme ou la synthèse des courants … illustrent ce souci ininterrompu d'un contrôle sur le pouvoir et non la simple dénonciation aveugle des dangers du pouvoir.

En ce sens, de par leur constance dans la réflexion et l’analyse du pouvoir, les anarchistes méritent une place pleine et entière dans la philosophie politique. « Le terme «anarchie» appartient depuis l’Antiquité au vocabulaire de la philosophie politique. »[2]

Pour les anarchistes, le pouvoir est maudit et ils s’en méfient, même lorsqu’ils en détiennent une part car pour eux, la malédiction signifie plus pour les sujets que pour l’objet.

Et c’est peut- être cela tout l’enseignement de Malatesta :

"L’anarchie [...] est l’idéal qui pourrait même ne jamais se réaliser, de même qu’on n’atteint jamais la ligne de l’horizon qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on avance vers elle, l’anarchisme est une méthode de vie et de lutte et doit être pratiqué aujourd’hui et toujours, par les anarchistes, dans la limite des possibilités qui varient selon les temps et les circonstances." [3]

Sébastien Faure, dans son Encyclopédie Anarchiste, énonça que les Anarchistes « se dressent contre toute tentative de restauration autoritaire ; ils s'opposent à tout essai de résurrection du Pouvoir, sous quelque forme que ce soit. » [4] mais ils n'en demeurent pas moins faillibles et humains. La volonté ne fait pas tout et les mécanismes de pouvoirs et de contrôles collectifs de pouvoirs sont essentiels.

Les anarchistes se méfient à raison de tout pouvoir, fusse-il même révolutionnaire, voire anarchiste. Les débats sur la participation des anarchistes au gouvernement de la Généralité de Catalogne pendant la guerre d’Espagne en sont l’illustration historique la plus marquante: "les principes de l'anarchisme supportèrent mal d'être confrontés avec les exigences de la pratique révolutionnaire."

"Les anarchistes qui prétendaient se situer à gauche de tous les courants révolutionnaires s'orientèrent, non pas vers la formation d'un pouvoir s'appuyant sur les divers organismes de démocratie directe mis en place par les ouvriers et les paysans en juillet 1936, mais vers une participation ministérielle au gouvernement bourgeois." [5]

Certes ce combat de chaque instant honore les anarchistes mais il ne suffit pas à lui seul à fonder une théorie anarchiste du pouvoir pouvant prétendre à la durée et répondre aux objections de Saverio Merlino.

Cet engagement rend certes compte de la pugnacité des anarchistes face à toutes les injustices et tous les malheurs qu’engendre le pouvoir mais il ne solutionne pas le mystère de la servitude volontaire, et c’est cela « l’alpha et l’oméga du politique. » [6]

C’est la fragilité des sujets qui est suspecte et troublante. Ceux-ci mettent à distance ce qui les fascinent et les angoissent mais le pouvoir nié, exorcisé n’en demeure pas moins et s’affirme en un étrange mouvement d’attirance et de répulsion qui s’insinue au cœur même des hommes, les plus vertueux fussent-ils.

C’est par cette interrogation majeure qu’il conviendra de débuter toute réflexion sur le politique. Tomas Ibanez, énonce que : « Le concept de pouvoir, plus précisément de pouvoir politique, est un des premiers qu’il faudrait désacraliser si l’on veut débloquer les conditions d’un renouvellement de l’anarchisme. »[7]

En effet, ne nous voilons pas la face, « avoir du pouvoir, se soumettre au pouvoir, déléguer son pouvoir, prendre le pouvoir, recouvrent les préoccupations et des obsessions des êtres de leur naissance à leur mort ».[8]

Tous autant que nous sommes, désirons la puissance qu’octroie le pouvoir ce qui devrait nous conduire à adopter des attitudes plus précautionneuses à son encontre.

« C’est à partir de l’analyse du phénomène de la force collective que Proudhon fonde son étude sur le pouvoir. Il distingue entre force de production, qui relève du domaine de l’économie, et force d’organisation, qui relève du politique. Bakounine, plus tard, fera la même distinction. Proudhon en arrive à l’idée que « le pouvoir est immanent à la société comme l’attraction dans la matière, comme la Justice au cœur de l’homme ». L’existence du pouvoir est une réalité aussi incontournable que celle des forces de production, et elle est même nécessaire à leur régulation. En vérité, ce n’est pas là qu’est le problème. Le pouvoir en effet n’est pas antagonique avec la liberté, ce sont au contraire deux faces complémentaires de l’homme social. La liberté de l’individu s’accroît par son existence sociale. L’individu n’a de sens que dans la société. On ne peut donc supprimer l’un de ces deux pôles complémentaires, on ne peut sacrifier l’individu au groupe ni le groupe à l’individu.[9]

Rudolf Rocker posait en ces termes la question de l’anarchisme et de l’organisation : « une partie des «anarchistes» allemands refuse par principe toute organisation aux lignes directrices précises, estimant qu'elle va directement à l'encontre des idées anarchistes. D'autres, en revanche, reconnaissent la nécessité de petits groupes, mais refusent toute liaison plus étroite de ces groupes entre eux, comme c'est par exemple le cas au sein de la Fédération anarchiste allemande (1): ils ne voient dans une semblable concentration de forces que limitation de la liberté individuelle et mise en tutelle autoritaire de l'individu. Pour notre part, nous pensons que de telles conceptions sont dues à une totale incompréhension de la véritable question, c'est-à-dire à une totale méconnaissance de ce que l'on entend communément par anarchisme.

L'anarchisme, bien qu'il parte de l'individu dans ses considérations sur les différentes institutions et courants d'idées sociaux, n'en reste pas moins une théorie sociale qui s'est développée de manière indépendante au sein du peuple. L'homme est en effet en premier lieu un être social, dans lequel toute l'espèce sommeille et reste à l'œuvre de manière permanente, s'y reconfirmant sans cesse et y célébrant à chaque instant sa résurrection. L'homme n'est pas l'inventeur de la vie commune en société, il en est l'héritier: il avait déjà hérité l'instinct social de ses ancêtres animaux en franchissant le seuil de l'humanité. Il a toujours vécu et lutté dans le cadre de la société et, si la vie commune en société est la condition initiale et l'élément essentiel de son existence individuelle, la société est la forme première de toute organisation. »[10]

[1] Francesco Saverio Merlino, Formes et essence du socialisme / par Saverio Merlino ; avec une préface de G. Sorel. 1898 , p 157

[2] Anarchistes et libertaires, 10.04.2013, Irène PereiraPostez, iresmo

[3] Errico Malatesta

[4] Sébastien Faure, l’encyclopédie anarchiste,

[5] Cesar M Lorenzo les anarchistes espagnols et le pouvoir,1969, ed.du seuil, Paris ,1969

[6] Michel Maffesoli, la transformation du politique », p 28

[7] Tomas Ibanez fragments épars pour un anarchisme sans dogmes, rue des cascades 2010 p 77

[8] Eugène Enriquez, les figures du maître, Arcantères, 1997, p 7

[9] Extrait de Genèse de l’anarchisme, inédit, René Berthier

[10] Rudolf Rocker, Anarchisme et organisation” Avant-propos Publié dans l’édition 132-B de Spartacus Février-mars 1985

ANARCHIE ET POUVOIR 14
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