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Ce blog se veut un lieu de réflexion libertaire autour des concepts de domination et de pouvoir.L'objectif serait de fournir une base référentielle pour faciliter le renouveau de la pensée libertaire. Attention comme tout blog il faut commencer par la fin soit le message le plus ancien. Pour faciliter ,les articles ont été numérotés puisqu'ils font partie d'un ensemble de textes. La forme blog m'est apparue plus intéressante que la brochure en raison de la gratuité et des échanges à venir.Vous pouvez laisser des commentaires en cliquant sur l'icône éclair.Cordialement et bonne lecture !

19 Apr

ANARCHIE ET POUVOIR 20

Publié par sureau  - Catégories :  #anarchie et pouvoir, #20

ANARCHIE ET POUVOIR 20

HANNA ARENDT, APPORT POSSIBLE A UNE THÉORIE ANARCHISTE DU POUVOIR:2

« Pour Arendt, il est en effet deux formes de pacte social s'excluant mutuellement, clairement distinguées au XVIIe et dont la différence fut par la suite négligée : « L'un était passé entre des individus et était censé donner naissance à la société ; l'autre était passé entre un peuple et son dirigeant (ruler) et devait aboutir au gouvernement légitime ». Or, dans le premier type de pacte, égalitaire et réciproque, chaque individu participe comme acteur (trice) à la création d'une nouvelle structure de pouvoir ; dans la seconde, les individus, loin d'acquérir un nouveau pouvoir, renoncent à celui qu'ils/elles avaient auparavant et «consentent» à être dirigé(e)s (ruled) par un(e) chef (ruler) qui monopolise le pouvoir à son profit.

Seul le premier type de pacte instaure une société politique - au sens du latin societas, c'est-à-dire une alliance. »[1]

Nous retrouvons là partiellement la différenciation proudhonienne en constitution sociale et constitution politique.

Nous ne retiendrons pour l'instant que la définition du pouvoir comme aptitude à agir de façon concertée et expression d'un groupe indivisé. Comme tel, le pouvoir signifie plus une expression d'une socialité que la seule organisation d'une relation sociale dissymétrique.

L’anarchisme en pensant une alliance, un pacte social fonde une « societas » et par là même instaure une philosophie politique construite autour des problématiques de contrôle direct du pouvoir et de lutte perpétuelle contre toute forme de domination.

Autre écueil, selon Arendt, confondre la notion de liberté (freedom) avec celle de souveraineté (sovereignty), c'est penser que la liberté est portée par un idéal de maîtrise (mastership) et d'autosuffisance (self-sufficiency). C'est méconnaître la parenté de la liberté et du pouvoir (au sens arendtien), c'est oublier qu'« aucun homme ne peut être souverain, car la terre n'est pas habitée par un homme, mais faite des hommes », et que le groupe est toujours pluriel.[2]

Cette remarque renvoie directement les anarchistes à la pertinente remarque de Proudhon sur les forces contraires qui animent sans cesse les sociétés et qu’il n’est pas envisageable de construire un projet politique anarchiste sans tenir compte de ces constantes que sont le pouvoir et la liberté, en perpétuelle évolution et définition.

Penser l’anarchie comme absence de pouvoir est une ineptie. La penser comme les exercices constants du contrôle social par des dispositifs d’appropriation du pouvoir. Penser changer le monde sans prendre le pouvoir est une argutie des plus hasardeuses. On ne peut se défendre du pouvoir qu’en en faisant l’outil de la communauté et en appliquant des règles pour la maîtrise du pouvoir.

Un autre ordre est possible mais il faut se prémunir des tentations de l’ancien.

C’est tout l’enseignement de Bakounine sur la Liberté. "L'homme n'est réellement libre qu'autant que sa liberté, librement reconnue et représentée comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension à l'infini dans leur liberté. L'homme n'est vraiment que parmi d'autres hommes également libres; et comme il n'est libre qu'à titre humain, l'esclavage d'un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l'humanité, est une négation de la liberté de tous."

Ma liberté est donc collective et individuelle. L’homme n’est plus le loup pour l’homme. L’Un est combattu au profit des Autres par l’expression des Autres.

Reste à situer Hanna Arendt dans un rapport à l’anarchisme.

« Arendt introduit il est vrai une dimension anarchiste au sein de sa pensée politique, mais soulignant, à de nombreuses reprises, la nécessité de baliser la sphère politique par l’autorité politique ou la loi, elle se sépare alors, de la tradition anarchiste. »[3]

Ce jugement spécieux d’une biographe renvoie implicitement à la conception de l’anarchie opposée à l’ordre et à la loi ce qui, peut conduire au raccourci de l’anarchie et de désordre. La tradition anarchiste, quel euphémisme pour figer une pensée dans le refus de la loi alors qu’elle n’est que mouvement incessant pour comprendre et maîtriser les lois.

Il nous faut retenir de la conception d’Arendt du pouvoir, de l’autorité, de la loi, en regard avec un groupe social qui s’approprie dans un temps donné ces champs.

Penser l’anarchie en termes d’autonomie et de contrôle direct du pouvoir semble plus judicieux que de se fourvoyer dans un mythe d’absence de pouvoir.

La dimension temps est essentiellement dans la compréhension de la différence entre archie et anarchie.

Comme le souligne Hanna Arendt, la fragilité est la marque essentielle de l'action :

«l'action ne peut aboutir à un produit qu'à condition de perdre son sens authentique, non-tangible et toujours parfaitement fragile. » L'action est quelque chose d'immatériel qui ne résiste pas à son accomplissement et qui est donc en elle-même éphémère. Pour Arendt, cette fragilité propre à l'action constitue la caractéristique de tout ce qui entre dans le «domaine des affaires humaines »

Ce point a une importance toute particulière pour assurer la durée de la capacité d'innover et de l'exercice de la liberté et du pouvoir . cela requiert premièrement de remédier à la fragilité initiale de l'espace public. " Fonder l'espace public permet de garantir la continuité de ces activités qui, sans un lieu stable destiné à leur exercice, sont constamment menacées par leur fragilité naturelle.

À ce propos, il va de soi que le pouvoir, en tant qu' action concertée d'un groupe
d'individus, partage la fragilité de l'action. Rappelons que le pouvoir apparaît lorsque le
groupe se forme et agit, mais qu'il ne dure pas au-delà du moment de cette action collective.

Arendt nous montre bien que pour être préservé, le pouvoir a besoin du secours d'autre chose que lui-même

... les éléments essentiels du politique, notamment le pouvoir, ont besoin de la fondation qui les place en relation avec d'autres éléments au moyen desquels leur fragilité peut être dépassée. Il en va de même pour la liberté puisqu'elle est tout aussi directement associée à l'action et n'est donc pas, en elle-même, quelque chose qui persiste dans le temps, ce que ce passage de « Qu'est-ce que la liberté? » démontre sans équivoque : « Les hommes sont libres - d'une liberté qu'il faut distinguer du fait qu'ils possèdent le don de la liberté - aussi longtemps qu'ils agissent, ni avant ni après; en effet, être libre et agir ne font qu'un.

La liberté se manifeste uniquement au moment de l'action.Cela s'applique aussi à la capacité d'innover qui est, comme on le sait, une marque de la liberté. Si la faculté d'agir est toujours présente en l'être humain, il importe néanmoins de mettre en place les conditions qui rendent l'action possible et surtout qui lui permettent de perdurer au-delà du moment de son accomplissement.

Penser le politique à partir de l'action implique donc une fragilité, à laquelle Arendt
tente de remédier. C'est en ce sens que nous considérons qu'elle introduit une finalité de
durée dans le politique, ·soit celle de garantir la possibilité de l'action et de ses « produits ».

La liberté, le pouvoir et la nouveauté sont alors placés en relation avec des éléments qui visent à leur apporter la stabilité dont ils sont par nature dépourvus."(Le Politique chez Hannah Arendt : entre fragilité et durée PAR Marianne Di Croce)

Enfin, dernier point : le concept de puissance chez Hannah Arendt.

La puissance quant à elle, « désigne sans équivoque un élément caractéristique d'une entité individuelle. »

Elle est une qualité individuelle mais elle peut se manifester aussi dans une relation avec diverses personnes.

Parlant de la puissance dans la Condition de l'homme moderne, Hannah Arendt déclare que la puissance d'une communauté politique n'est pas le fruit des instruments de violence.

1] Essai sur la révolution, op. cit. p. 249-251

[2] Sintomer Yves. Pouvoir et autorité chez Hannah Arendt. In: L’Homme et la société, N. 113, 1994. Figures actuelles du capitalisme. pp. 117-131

[3] Hannah Arendt, l'amour de la liberté: essai de pensée politique Par Francis Moreault

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