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Ce blog se veut un lieu de réflexion libertaire autour des concepts de domination et de pouvoir.L'objectif serait de fournir une base référentielle pour faciliter le renouveau de la pensée libertaire. Attention comme tout blog il faut commencer par la fin soit le message le plus ancien. Pour faciliter ,les articles ont été numérotés puisqu'ils font partie d'un ensemble de textes. La forme blog m'est apparue plus intéressante que la brochure en raison de la gratuité et des échanges à venir.Vous pouvez laisser des commentaires en cliquant sur l'icône éclair.Cordialement et bonne lecture !

19 Apr

les soviets libres en Ukraine Alexandre SKIRDA

Publié par sureau  - Catégories :  #mémoires sociales

les soviets libres en Ukraine  Alexandre SKIRDA
À toute la population laborieuse de la ville d’Alexandrovsk et de ses environs.

CAMARADES ET CITOYENS !

Dans votre ville se sont installés actuellement les détachements de l’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine (makhnoviste). Cette armée a détruit le noyau des dénikiens, en les défaisant entre Ouman et Pomochtna, et poursuit énergiquement les restes de l’ennemi en fuite vers l’Est.

L’état-major et tout le mouvement makhnoviste considèrent de leur devoir le plus important à vous communiquer ce qui suit :

1. Jusqu’ici on vous a dit, de toutes parts, que les makhnovistes étaient des bandits, des brigands et des pogromeurs. Sachez donc que c’est la calomnie la plus vile. Les membres de notre armée insurrectionnelle sont d’honnêtes paysans et ouvriers révolutionnaires. En tout état de cause, que la population pacifique de la ville, quelle que soit sa nationalité, se sente en sécurité, qu’elle continue tranquillement son travail et qu’elle ne nous considère pas comme ses ennemis.

2. L’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire se donne pour but d’aider les paysans et les ouvriers dans leur longue et pénible lutte pour l’émancipation des travailleurs de toutes les formes de joug du capital et du pouvoir politique, joug désastreux et dont ils n’ont nul besoin. Pour cette raison, notre armée apparaît comme l’ami et le défenseur des ouvriers, paysans et pauvres en général. Elle compte non seulement sur leur sympathie et leur confiance, mais également sur leur collaboration et participation.

Tout en ne se mêlant pas à la vie civile de la population, l’Armée Insurrectionnelle prendra quelques mesures indispensables visant la classe bourgeoise riche, ainsi que contre les dénikiens et leurs partisans. Mesures qui seront exécutées de manière organisée. Les personnes qui se présenteront pour perquisitionner et arrêter au nom des makhnovistes, sans mandat ni cachet ni signature du commandant d’unité et de celle du service de contrôle de l’armée, doivent être immédiatement mises en état d’arrestation et envoyées devant l’état-major de l’unité ou du service de contrôle.

La même façon d’agir doit être appliquée aux pillards et violeurs, qui pourront même être exécutés sur place.

3. L’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire propose à la population laborieuse de la ville et des environs d’entreprendre immédiatement un travail organisationnel indépendant, à savoir : n’importe quelle organisation représentative d’ouvriers des usines locales, des chemins de fer, des postes et télégraphes, et des paysans, convoquera une conférence générale des représentants de tous les travailleurs de la région. Cette conférence posera, discutera et résoudra toute une série de problèmes sociaux et économiques : la protection de la ville, l’organisation d’une juste répartition des objets de première nécessité et d’utilité sociale qui se trouvent dans la ville ; elle mettra au point les relations entre la ville et les villages afin d’organiser l’échange des biens et marchandises.

Cette assemblée créera les fondements durables d’un régime libre des soviets paysans et ouvriers. Tel doit être le commencement de l’édification non-autoritaire de la vie sociale et économique.

4. L’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire appelle toute la population laborieuse de la ville et de ses environs à entreprendre, d’une manière générale, une activité autonome tant au point de vue social que militaire. L’Armée insurrectionnelle quittera la ville dès qu’elle aura terminé son œuvre. La population laborieuse organisera elle-même sa vie sociale et économique, ainsi que sa défense contre toutes les tentatives de la part de la bourgeoisie et de tout pouvoir, elle prendra en mains elle-même sa lutte pour la victoire totale de la révolution.

Alexandrovsk, le 7 octobre 1919.

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle (makhnoviste).

II
Déclaration de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste) .

À TOUS LES PAYSANS ET OUVRIERS D’UKRAINE !

Transmettre par télégraphe, par téléphone ou par poste itinérante à tous les villages, à tous les districts ruraux, à tous les cantons et provinces d’Ukraine. Lire aux rassemblements de paysans et ouvriers de fabriques et d’usine.

Frères travailleurs ! L’Armée révolutionnaire insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste) s’est créée en réaction contre l’oppression des ouvriers et paysans par le pouvoir de la bourgeoisie et des gros propriétaires terriens et par la dictature bolchevique-communiste.

Se donnant pour but la lutte pour l’émancipation totale des travailleurs d’Ukraine du joug de ces deux pouvoirs et la création d’un ordre réellement socialiste et soviétique, l’armée des insurgés makhnovistes s’est battue avec ténacité sur plusieurs fronts pour atteindre cet objectif. En ce moment même, elle achève victorieusement la lutte contre l’armée de Dénikine, libérant région après région, y éliminant tout pouvoir et toute organisation fondés sur la violence.

Beaucoup de paysans et d’ouvriers se posent la question : que faire maintenant et comment ? Quelle attitude adopter vis-à-vis des dispositions prises par le pouvoir éliminé ? et ainsi de suite.

Le congrès pan-ukrainien des ouvriers et des paysans répondra exactement et complètement à ces questions, congrès qui devra se réunir immédiatement dès qu’existera la possibilité pour les ouvriers et paysans de se rencontrer. Ce congrès indiquera et résoudra toutes les questions fondamentales de la vie des ouvriers et des paysans.

Mais du fait que ce congrès ne pourra se dérouler avant un certain temps, l’armée des insurgés makhnovistes considère comme indispensable de faire la déclaration suivante sur les questions fondamentales de la vie des ouvriers et des paysans :

1. Toutes les dispositions prises par le pouvoir dénikien sont supprimées. Les dispositions du pouvoir communiste qui allaient à l’encontre des intérêts des ouvriers et des paysans sont également supprimées.

Remarque : En ce qui concerne les dispositions du pouvoir communiste néfastes aux travailleurs, il incombe à ceux-ci eux-mêmes de les discerner et de prendre des décisions lors des assemblées de paysans, d’ouvriers, dans les villages et les usines.

2. Toutes les terres des gros propriétaires terriens, des monastères, des koulaks et de tous les autres ennemis des travailleurs passent, avec tout leur bétail, aux mains des paysans qui vivent de leur travail. Tout ce transfert doit s’opérer de manière organisée, par décision d’assemblées générales des paysans, qui doivent être tous conscients non seulement de leurs intérêts personnels mais avoir en vue également les intérêts généraux de toute la paysannerie travailleuse opprimée.

3. Les fabriques, les usines, les mines de charbon et de minerai ainsi que les autres instruments et moyens de production deviennent le bien propre de toute la classe ouvrière dans son ensemble, qui par l’intermédiaire de ses unions professionnelles prend en main de manière organisée toutes les entreprises, y organise la production et tend à unir toute l’industrie du pays en un organisme intégral.

4. Il est proposé à toutes les organisations des paysans et des ouvriers de se mettre à édifier des soviets libres d’ouvriers et de paysans. Dans ces soviets ne doivent être élus que des travailleurs qui participent à un travail indispensable à l’économie du peuple. Les représentants d’organisations politiques n’ont pas leur place dans les soviets d’ouvriers et de paysans, du fait que leur participation à un soviet ouvrier pourrait transformer celui-ci en un soviet de députés de partis, menant ainsi l’ordre soviétique à sa perte.

5. L’existence de tchékas, de comités révolutionnaires de partis et d’autres institutions de contrainte, de pouvoir ou de discipline ne sera pas tolérée au sein de paysans et d’ouvriers libres.

6. La liberté de parole, de presse, de réunion, d’organisation, etc., est un droit imprescriptible de chaque travailleur, et toute limitation de ce droit apparaît comme un acte contre-révolutionnaire.

7. Les polices d’État (garde, police, milice) sont supprimées. À leur place, la population organise son autodéfense. Cette autodéfense ne peut être organisée que par les ouvriers et les travailleurs euxmêmes.

8. Les soviets ouvriers et paysans, l’autodéfense des ouvriers et des paysans, ainsi que chaque paysan et ouvrier ne permettront aucune action contre-révolutionnaire de la bourgeoisie et des officiers. De même, ils ne permettront aucune manifestation de banditisme. Tous ceux qui auront été convaincus de contre-révolution ou de banditisme seront fusillés sur place.

9. Les monnaies soviétiques et ukrainiennes auront la même valeur que les autres monnaies. Ceux qui violeront cette disposition seront soumis au châtiment révolutionnaire.

10. L’échange des produits du travail et du commerce, tant que les organisations des ouvriers et des paysans ne l’auront pas assumé elles-mêmes, reste libre. Mais en même temps, il est proposé que l’échange des produits du travail ne se fasse principalement qu’entre les travailleurs.

11. Tous ceux qui feront obstacle intentionnellement à la diffusion de la présente déclaration seront considérés comme contre-révolutionnaires.

Le 7 janvier 1920.

Le soviet militaire-révolutionnaire et l’état-major de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

III
CAMARADES PAYSANS !

La paysannerie laborieuse d’Ukraine lutte depuis de longues années contre ses ennemis et oppresseurs séculaires. Des milliers des meilleurs fils de la révolution sont tombée dans la lutte pour l’émancipation totale des travailleurs de tout joug. Un coup mortel est porté au bourreau Dénikine par les efforts héroïques de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine. Les insurgés paysans, avec à leur tête leur guide - Batko Makhno - sont restés de longs mois dans l’arrière de l’ennemi, des gardes blancs, entourés d’un ennemi dix fois supérieur, décimés par la plus effroyable maladie - le typhus -, qui enlevait chaque jours plusieurs centaines des meilleurs combattants de leurs rangs ; démunis de munitions, ils se jetaient tous sur l’ennemi à l’arme blanche, et sous leur puissant assaut les meilleures troupes dénikiennes s’enfuirent : les unités des généraux Chkouro et Mamontov. Au prix d’incroyables efforts et du sang versé par les meilleurs combattants, les paysans insurgés ont détruit l’arrière de Dénikine et ont ouvert la voie aux frères du Nord, paysans et ouvriers ; à la suite des hordes de Dénikine les camarades de l’Armée Rouge sont entrés en Ukraine - les ouvriers et paysans du Nord. Devant la paysannerie laborieuse d’Ukraine s’est posée à son tour la question - en dehors du problème général de la lutte contre les gardes blancs - de l’édification d’un vrai ordre soviétique, dans lequel les soviets élus par les travailleurs seraient les serviteurs du peuple, exécutant les décisions que prendraient les travailleurs eux-mêmes à un congrès pan-ukrainien des travailleurs.

Cependant, les dirigeants du parti communiste, qui avaient créé avec l’Armée Rouge un instrument aveugle et docile pour défendre la commissarocratie, se mirent à répandre la boue et les pires des calomnies sur les meilleurs meneurs des insurgés, ayant décidé « d’enlever l’écharde », de détruire le mouvement insurrectionnel révolutionnaire qui empêchait messieurs les commissaires de dominer les travailleurs d’Ukraine. Les commissarocrates ne veulent voir en les travailleurs que « du matériel humain », comme l’a dit Trotski à un congrès, seulement de la chair à canon, que l’on peut jeter contre qui on veut, mais à qui en aucun cas on ne peut accorder le droit de créer eux-mêmes, sans l’aide des communistes, leur propre vie laborieuse et leur propre ordre.

Camarades paysans ! L’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste) vient de votre milieu. Vos fils, vos frères et vos pères ont rempli nos rangs. L’Armée insurrectionnelle - c’est votre Armée, c’est votre sang, votre chair. Ayant sacrifié des dizaines de milliers de victimes, l’Armée insurrectionnelle a combattu pour le droit des travailleurs de construire eux-mêmes leur ordre, de décider eux-mêmes de leurs biens, et non pour tout transmettre dans les mains des commissaires.

L’Armée insurrectionnelle a combattu et combat pour les vrais soviets, et non pour les tchékas et la commissarocratie. Du temps du bourreau - de l’Hetman - des Allemands et de Dénikine, les insurgés se levaient en masse contre les oppresseurs pour défendre le peuple laborieux. Maintenant également l’Armée insurrectionnelle considère comme son devoir sacré de se mettre à défendre les intérêts de la paysannerie laborieuse contre les tentatives de messieurs les commissaires pour atteler à leur char la paysannerie laborieuse d’Ukraine. L’Armée insurrectionnelle connaît fort bien ces « arrivants » et se souvient bien de ces commissaires « libérateurs ». L’autocrate Trotski a ordonné de désarmer l’Armée insurrectionnelle, créée par les paysans eux-mêmes en Ukraine, car il comprend bien que tant que les paysans possèdent leur armée, défendant leurs intérêts, il ne pourra jamais obliger le peuple laborieux d’Ukraine à marcher sous sa houlette. L’Armée insurrectionnelle, ne voulant pas faire couler le sang fraternel, en évitant des heurts avec l’Armée Rouge, et en se soumettant seulement à la volonté des travailleurs, montera la garde pour préserver les intérêts des travailleurs et ne déposera les armes que sur l’ordre d’un congrès libre pan-ukrainien des travailleurs, où les travailleurs exprimeront eux-mêmes leur volonté. L’Armée insurrectionnelle - l’épée aux mains des travailleurs - vous appelle, camarades paysans, à convoquer immédiatement votre propre congrès de moujiks laborieux et à prendre en vos propres mains et la construction ultérieure de votre bonheur et vos richesses laborieuses.

Il est vrai que les commissaires assoiffés de pouvoir prendront toutes les mesures pour empêcher la tenue d’un libre congrès des travailleurs, c’est pour cela que dans les intérêts mêmes des travailleurs il ne faut pas laisser étouffer ce congrès par les commissaires ; à cette fin, il doit être clandestin et se tenir en un lieu secret.

Camarades paysans, préparez-vous pour tenir votre congrès !

Dépêchez-vous de réaliser votre œuvre ! Vos ennemis ne dorment pas, ne vous endormez pas non plus, ce sera le gage de votre victoire !

Vive le congrès libre des travailleurs de la région !

À bas la commissarocratie !

Vive l’Armée paysanne insurrectionnelle !

Le 8 février 1920.

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

IV
ADRESSE AUX PAYSANS ET AUX OUVRIERS D’UKRAINE

Frères paysans et ouvriers ! Depuis plus de trois ans vous avez lutté contre le capitalisme, et grâce à vos efforts, à votre fermeté et à votre énergie, vous avez déjà presque terminé cette lutte. Les ennemis de la révolution s’épuisaient sous votre pression, et vous, sentant la victoire proche, vous vous rapprochiez du triomphe.

Vous croyiez que votre lutte constante, souvent inégale, contre les ennemis de la révolution, vous donnerait la possibilité de réaliser cet ordre soviétique libre auquel nous avons tous aspiré. Mais, frères, vous voyez qui triomphe à notre place. Ce sont des maîtres indésirables, les bourreaux communistes, qui triomphent, eux qui sont venus ici lorsque tout avait été fait, sur des traces libres, libérées par votre sang, par le sang de vos frères et de vos fils, qui constituaient le mouvement insurrectionnel révolutionnaire. Ils se sont emparés, ces nouveaux seigneurs, de toutes les richesses du pays. Ce n’est pas vous, mais eux qui en usent comme bon leur semble. Et vous, paysans et ouvriers, vous devenez leur rempart de façade, sans lequel ils ne peuvent s’appeler gouvernement ouvrier et paysan, au nom duquel ils sont les bourreaux et assassins du peuple, et qui leur permet par la domination de parti de tyranniser le peuple. Le nom de peuple leur permet tout cela, et ce n’est que pour cela qu’ils ont besoin de vous, ouvriers et paysans.

Dans tous les autres cas, vous n’êtes rien pour eux et ils ne tiennent absolument pas compte de vous. Ils vous exploitent, vous mobilisent, vous commandent et vous administrent. Ils détruisent tout en vous. Et vous, étant opprimés, vous supportez patiemment toutes les horreurs des répressions, des violences et de l’arbitraire, commis par les bourreaux communistes et qui ne peuvent être supprimés que par votre protestation générale, seulement par votre justice révolutionnaire - par une insurrection révolutionnaire. C’est à cela que vous appellent vos frères, ouvriers et paysans comme vous, qui meurent sous les balles des assassins rouges, qui par la force des armes vous enlèvent le blé, le bétail et tous les autres objets de consommation pour les envoyer en Russie.

Ce sont vos propres frères qui, en quittant la vie et tout l’avenir radieux auquel nous aspirons tous, vous appellent à sauver la révolution, l’indépendance et la liberté. Pensez, frères paysans et ouvriers, que si vous n’éprouvez plus maintenant de liberté et d’indépendance complète en vous-mêmes, vous serez d’autant plus impuissants à l’avenir pour décider de votre destin, que vous ne pourrez être les forgerons de votre propre bonheur, et que vous ne pourrez pas être vous-mêmes les maîtres des richesses de votre pays, des fruits de votre propre travail.

Tout cela sera fait à votre place par de nouveaux maîtres que personne n’a appelés - les intrus communistes-bolcheviks. Pour se débarrasser de ces maîtres indésirables, tous les paysans et toutes les meilleures forces doivent s’appliquer à convoquer des congrès paysans clandestins de districts et de régions, au cours desquels ils doivent discuter et décider toutes les questions vitales du moment, provoquées par l’irresponsabilité et la dictature de ces bandits. L’intérêt du pays et des travailleurs mêmes d’Ukraine est de ne pas laisser dévaster complètement le pays par ces nouveaux et indésirables maîtres-seigneurs ; il ne doit pas y avoir de place en Ukraine ni pour eux ni pour leurs tueurs rouges qui tyrannisent le peuple. Tous les paysans doivent, sans perdre un jour, s’organiser au moyen de leurs congrès clandestins. Organiser dans chaque village et bourgade des unités combattantes clandestines, et établir un organe de combat qui les dirige. Tous les paysans doivent refuser une fois pour toutes toute aide aux bourreaux communistes et à leurs lâches mercenaires, leur refuser aussi bien des chevaux que le grain ou le morceau de pain. Les ouvriers à leur tour doivent, dans les villes comme dans les campagnes, refuser d’entrer au parti communiste, ou dans les détachements de ravitaillement ou les tchékas : refuser toute participation aux institutions communistes. Le peuple d’Ukraine doit déclarer au monde entier, et le traduire en actes : hors d’ici les assassins et les bourreaux blancs et rouges ! Nous marchons vers le bien général, la lumière et la vérité et nous ne supporterons pas vos violences.

Vive la révolution sociale internationale des ouvriers et des paysans ! Mort à tous les gardes blancs et à tous les commissaires ! Mort à tous les bourreaux ! Vive le régime des soviets libres !

(Mars-avril 1920.)

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

V
QUI SONT LES MAKHNOVISTES ET POUR QUOI COMBATTENT-ILS ?

1. Les makhnovistes, ce sont des ouvriers et paysans qui se sont soulevés déjà en 1918 contre l’oppression du pouvoir bourgeois en Ukraine des occupants austro-hongrois, allemand et de l’Hetman. Les makhnovistes, ce sont les travailleurs qui ont levé l’étendard de la révolte contre Dénikine et tout joug, toute violence et tout mensonge, d’où ils viennent. Les makhnovistes, ce sont les mêmes travailleurs dont le labeur enrichit, engraisse et fait régner la bourgeoisie en général et à présent la bourgeoisie bolchevique en particulier.

2. Pourquoi nous appelons-nous makhnovistes ?

Parce que nous avons vu, lors des jours les plus pénibles de la réaction en Ukraine, parmi nous notre ami à toute épreuve et guide Makhno, dont la voix a protesté contre toute oppression des travailleurs dans toute l’Ukraine, appelant à la lutte contre tous oppresseurs, tous maraudeurs et charlatans politiques qui nous trompaient. Maintenant cet ami à toute épreuve marche toujours dans nos rangs vers le but final : l’émancipation des travailleurs de tout joug.

3. Comment se manifeste selon nous le sens de toute émancipation ?

Par le renversement de tout gouvernement : monarchiste, de coalition, républicain, social-démocrate, bolchevik-communiste... que doit remplacer un régime soviétique indépendant de tous, sans autorité ni lois décidées arbitrairement ; car l’ordre soviétique n’est pas le pouvoir des social-démocrates bolcheviks-communistes, qui se proclame actuellement pouvoir soviétique, mais est au contraire la forme supérieure du socialisme anti-autoritaire et anti-gouvernemental, qui s’exprime par l’édification d’une communauté libre, harmonieuse et indépendante de tout pouvoir ; de la vie sociale des travailleurs, où chaque travailleur en particulier et la communauté en général pourra construire de façon autonome une vie heureuse et prospère selon les principes de solidarité, d’amitié et d’égalité entre tous.

4. Quelle est la conception du régime soviétique des makhnovistes ?

Les travailleurs eux-mêmes doivent choisir librement leurs soviets ; soviets qui accompliraient la volonté et les décisions de ces mêmes travailleurs, soit des soviets exécutifs et non pas autoritaires.

La terre, les fabriques, les usines, les mines, les chemins de fer et autres biens du peuple doivent appartenir aux travailleurs qui y travaillent eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils doivent être socialisés.

5. Quels sont les moyens employés par les makhnovistes pour atteindre ces fins ?

La lutte révolutionnaire, intransigeante et conséquente contre tout mensonge, tout arbitraire et toute oppression, d’où qu’elle vienne ; c’est une lutte à mort, la lutte de la libre parole, de l’œuvre vraie, menée les armes à la main. Par la suppression de tous gouvernants, par la destruction de tous les fondements de leurs mensonges, que ce soit sur le plan politique, étatique ou bien économique. Et ce n’est que par la destruction de l’État et au moyen de la révolution sociale qu’il sera possible de réaliser un véritable régime soviétique des ouvriers et des paysans ainsi que d’arriver au socialisme.

Le 27 avril 1920.

La section d’instruction culturelle de l’Armée insurgée (makhnoviste).

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