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Ce blog se veut un lieu de réflexion libertaire autour des concepts de domination et de pouvoir.L'objectif serait de fournir une base référentielle pour faciliter le renouveau de la pensée libertaire. Attention comme tout blog il faut commencer par la fin soit le message le plus ancien. Pour faciliter ,les articles ont été numérotés puisqu'ils font partie d'un ensemble de textes. La forme blog m'est apparue plus intéressante que la brochure en raison de la gratuité et des échanges à venir.Vous pouvez laisser des commentaires en cliquant sur l'icône éclair.Cordialement et bonne lecture !

30 Apr

ANARCHIE ET POUVOIR 21

Publié par sureau  - Catégories :  #anarchie et pouvoir

ANARCHIE ET POUVOIR 21

HANNA ARENDT, APPORT POSSIBLE A UNE THÉORIE ANARCHISTE DU POUVOIR 3

Enfin, dernier point : le concept de puissance chez Hannah Arendt.

La puissance quant à elle, « désigne sans équivoque un élément caractéristique d'une entité individuelle. »

Elle est une qualité individuelle mais elle peut se manifester aussi dans une relation avec diverses personnes.

Parlant de la puissance dans la Condition de l'homme moderne, Hannah Arendt déclare que la puissance d'une communauté politique n'est pas le fruit des instruments de violence.

Une puissance qui n'est pas actualisée finit par disparaître.

Et « la puissance n'est actualisée que lorsque la parole et l'acte ne divorcent pas. » Voilà pourquoi la puissance d'un petit nombre peut être supérieure à celle d'un grand groupe. D'où « un groupe relativement peu nombreux, mais bien organisé, peut dominer presque indéfiniment des vastes empires populeux, et il n'est pas rare dans l'histoire que de petits pays pauvres l'emportent sur de grandes et riches nations. »

Il convient d’interroger ce concept de puissance comme élément d’une entité individuelle et de le mettre en lien avec le concept de méga-machine de Lewis Mumford ou avec ces observations de Pierre Joseph Proudhon :

“Demande. — Toute manifestation couvre une réalité : qu’est-ce qui fait la réalité du pouvoir social ?

Réponse. — C’est la force collective.

D. — Qu’appelez-vous force collective ?

R. — Tout être, par cela seul qu’il existe, qu’il est une réalité, non un fantôme, une idée pure, possède en soi, à un degré quelconque, la faculté ou propriété, dès qu’il se trouve en présence d’autres êtres, d’attirer et d’être attiré, de repousser et d’être repoussé, de se mouvoir, d’agir, de penser, de produire, à tout le moins de résister, par son inertie, aux influences du dehors.

Cette faculté ou propriété, on la nomme force.

Ainsi la force est inhérente, immanente à l’être : c’est son attribut essentiel, et qui seul témoigne de sa réalité. Ôtez la pesanteur, nous ne sommes plus assurés de l’existence des corps.

Or, les individus ne sont pas seuls doués de force ; les collectivités ont aussi la leur.

Pour ne parler ici que des collectivités humaines, supposons que des individus, en tel nombre qu’on voudra, d’une manière et dans un but quelconque, groupent leurs forces : la résultante de ces forces agglomérées, qu’il ne faut pas confondre avec leur somme, constitue la force ou puissance du groupe.” [1]

La puissance apparaît alors non comme un attribut individuel mais comme l’expression du collectif et cet attribut peut être force émancipatrice ou dominatrice et dans le cas des expressions de la méga-machine sociale, il peut être la résultante instrumentale de la violence.

Le concept proudhonien de force ou de puissance semble plus adéquat que l’expression individuelle de la puissance. Il rend mieux compte de l’inclusion de l’individu dans le social.

La citation suivante permet de relativiser la puissance individuelle : « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société toute entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus rigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu' on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’ un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »[2]

Le pouvoir constitue un phénomène évolutif des sociétés humaines et ne demeure pas figé dans des modalités organisationnelles immuables et intemporelles.

Peut - on penser un continuum historique qui ferait passer toute société d’un état de solidarités mécaniques primaires à un état potentiellement plus organisé, plus développé, avec apparition à chaque fois de nouvelles régulations et intégrations de populations plus nombreuses, les formes les plus abouties résidant dans les sociétés démocratiques contemporaines?

L’hypothèse évolutionniste de ce continuum conduit- elle à l’universalité de l’irréversibilité socio-politique, devenant du même coup un passage obligatoire, indiscutable et orienté en termes de sens de l’histoire en une forme d’eschatologie socio-politique ?

« L’effet sur la société de l’apparition des premières structures étatiques ne s’accompagne pas partout d’un même degré d’irréversibilité et il n’est pas toujours exclu qu’avec la chute de la dynastie des fondateurs ou la disparition des structures étatiques originelles, la société ne revienne à un statuquo ante politique. »[3]

Pour exemple, au Moyen-âge, les Manding du Mali retournèrent, après plus de trois siècles d’Empire, à leurs anciennes structures sociopolitiques.

Le pouvoir a été de tout temps et ce serait présomptueux et chimérique que de prétendre à l’abolition du pouvoir alors que ce qui importe le plus c’est son contrôle social qui, lui, a varié au fil des temps, offrant des constructions sociales multiples et n’abondant pas toutes dans l’unique sens d’une confiscation irréversible du pouvoir de la collectivité.

[1] Extraits commentés de “Petit catéchisme politique”, “Troisième étude: De l’Etat” in De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise

[2] Alexis de Tocqueville, de la démocratie en Amérique , 1840

[3]

ANARCHIE ET POUVOIR 21
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