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Ce blog se veut un lieu de réflexion libertaire autour des concepts de domination et de pouvoir.L'objectif serait de fournir une base référentielle pour faciliter le renouveau de la pensée libertaire. Attention comme tout blog il faut commencer par la fin soit le message le plus ancien. Pour faciliter ,les articles ont été numérotés puisqu'ils font partie d'un ensemble de textes. La forme blog m'est apparue plus intéressante que la brochure en raison de la gratuité et des échanges à venir.Vous pouvez laisser des commentaires en cliquant sur l'icône éclair.Cordialement et bonne lecture !

19 Jun

Du paradoxe de la définition du pouvoir 1

Publié par sureau  - Catégories :  #anarchie et pouvoir, #26

Du paradoxe de la définition du pouvoir 1

Du paradoxe de la définition du pouvoir 1

  1. Du pouvoir comme agir ensemble :

Posons le pouvoir comme aptitude de l’homme à agir, non seulement agir en soi, mais agir collectivement et de concert, ainsi qu’Hanna Arendt l’a défini.

Dès lors le pouvoir n’est pas propriété d’un individu. Il appartient à un groupe et exprime ce groupe tant que celui-ci existe et est réuni.

Le pouvoir qualifie donc une communauté, concept irréductible à un individu.

Le pouvoir d’un homme peut exister mais il désigne en réalité son influence et, dans le cas d’un mandatement, le pouvoir d’un individu est une expression analogique, le pouvoir restant le fait de la collectivité.

A la différence, la puissance se voit désigner quelque chose de singulier : propriété d’un objet ou d’une personne, essentiellement indépendante d’eux mais en leur nature.

La puissance n’est que secondairement un attribut de la collectivité lorsqu’elle est considérée comme entité individuelle.

2. Des traits distinctifs du pouvoir et de la puissance :

« Les traits distinctifs du pouvoir et de la puissance sont donc que l’un n’existe que pour une pluralité rassemblée tandis que l’autre est le propre d’un être unique. »[1]

Si nous admettons la distinction entre :

  • le pouvoir comme expression de la « puissance » (de la potentia) d’une communauté ou ce qu’elle est elle-même en puissance, c'est-à-dire susceptible de passer et de s'accomplir en sa fin grâce au travail
  • la « puissance », renvoi aux propriétés d’un individu, (à sa potestas) c’est-à-dire à ce qu’il est capable en fait.

Nous obtenons tout au mieux des entrelacs indistincts de concepts et une succession de notions, génératrice de confusions.

La difficulté est renforcée par le fait que la puissance de la communauté n’est pas une puissance, en termes de potentialité, dénuée de puissance en termes de capacité intrinsèque. Elle n’est pas inactuelle et tend à l’effectuation.

3. Pouvoir et violence :

Par le seul fait que la communauté abandonne son pouvoir ou potentia ; en faisant cela, elle se nie comme communauté. Il n’en résulte pas pour autant que le pouvoir de l’individualité sur la pluralité est en ce sens politique puisqu’il n’exprime plus la communauté qui s’est dissoute par renoncement ou abandon.

Le politique n’est pas une soumission au pouvoir individuel qu’exprime la potestas. Il. devient alors une adhésion au mouvement possible de la communauté.

La violence d’un individu ou d’un groupe sur la communauté ne constitue donc pas un pouvoir pas plus que l’obéissance qui en résulte.

La domination, toute réelle fut- elle, reste donc hors du champ du politique, ainsi conceptualisé.

La communauté peut abdiquer, perdre ou renoncer à son pouvoir mais cela ne qualifie que le fait de cesser d’être elle-même comme communauté.

Cela ne qualifie que l’étiolement et l’affaiblissement de la communauté, son impotence et non son impuissance. Sa puissance reste entière mais en état de latence.

Cela qualifie un rapport de violence, comme déploiement instrumentalisé de la puissance ou de la force, expression non de la pluralité communautaire mais de la violence d’un groupe restreint ou d’un individu sur la pluralité.

4.Pour une autre conception du contr’un :

Le contr’ un de La Boétie prend alors un autre sens que la seule servitude volontaire.

Le pouvoir considéré comme un être ensemble et un agir ensemble signifie un « vivre - ensemble ».

Le pouvoir devient un « Tous contre un » et la violence un « Un contre tous » ce qui revient au refus de réduire la pluralité à un désir ou une volonté unifiée et effective.

Le pouvoir est l’apanage de Tous et la violence, œuvre de l’Un.

Le pouvoir en ce sens n’est pas une chose. Il ne se possède pas, ne s’acquiert pas et ne s’abandonne pas.[2]

Il est tissu de relations humaines pour une communauté plurielle « rassemblée, parlante et agissante. » [3] Il est expression d’une action concertée au sein d’un espace public.

Il n’est donc pas relation de subordination entre deux êtres ou un individu et un groupe d’autres, d’individus entre eux ou des institutions et des hommes.

Si nous admettons le concept de communauté comme vivre ensemble, nous admettons aussi que ce rassemblement n’est que par et dans le vivre ensemble et que dès que cesse l’un, l’autre dépérit.

Il n’existe donc qu’en puissance, en sa capacité à dire et faire ensemble ce qui implique qu’il n’est pas nécessairement pour toujours.

« il n’existe aussi qu’en acte, c’est-à-dire tant que paroles et actes s’exécutent ensemble, tant que le rassemblement des hommes n’est pas un simple être – là d’individus agrégés les uns aux autres, mais un véritable vivre-ensemble s’éprouvant dans la délibération des affaires communes et les entreprises publiques. »[4]

[1] Etienne Tassin le trésor perdu Hanna Arendt, l’intelligence du politique, p 493

[2] Etienne Tassin le trésor perdu Hanna Arendt, l’intelligence du politique, p 496

[3] Etienne Tassin le trésor perdu Hanna Arendt, l’intelligence du politique, p 496

[4] Etienne Tassin le trésor perdu Hanna Arendt, l’intelligence du politique, p 497

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