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Ce blog se veut un lieu de réflexion libertaire autour des concepts de domination et de pouvoir.L'objectif serait de fournir une base référentielle pour faciliter le renouveau de la pensée libertaire. Attention comme tout blog il faut commencer par la fin soit le message le plus ancien. Pour faciliter ,les articles ont été numérotés puisqu'ils font partie d'un ensemble de textes. La forme blog m'est apparue plus intéressante que la brochure en raison de la gratuité et des échanges à venir.Vous pouvez laisser des commentaires en cliquant sur l'icône éclair.Cordialement et bonne lecture !

10 Oct

Éléments de philosophie anarchiste

Publié par sureau  - Catégories :  #anarchie et pouvoir

Éléments de philosophie anarchiste

L’idée de démocratie dans la philosophie politique anarchiste est liée indissociablement à la création d’une vision du monde et de la vie humaine, au cœur de l'imaginaire anarchiste.

« L’anarchisme est une éthique et un éthos (un caractère, un ordre normatif intériorisé, un ensemble de notions éthiques qui règlent la vie), tout en étant une théorie politique. »[1]

De la nécessité de l’absence de préconception :

L’anarchisme repose sur l’idée d’absence d’ordre préétabli naturellement ou extra socialement et l' affirmation que les hommes construisent eux-mêmes leur propre monde.[2]

L'absence d'ordre préconçu que ce soit naturellement ou transcendentalement conduit à reporter sur la capacité instituante des hommes, la détermination même de l’ordre, en un questionnement illimité.

L’activité politique des hommes, la création explicite d’une institution de la société par une collectivité qui s’institue elle-même s’établit sur cette absence d’ordre préconçu. Toute préconception prive la société de cette aptitude à s’instituer soi-même pour s’en remettre à un ou des démiurges, fussent-ils bons ou mauvais peu importe.

«Dieu apparaît, l'homme s'anéantit ; et plus la Divinité devient grande, plus l'humanité devient misérable.» [3]

« Cette dépossession imposée par le sacré, par l’extériorité ou la transcendance du législateur, préside aussi à l’organisation de l’espace social. »[4]

« La présence du sacré-essence de la religion-témoigne de la dépossession originaire qui exclut de la pratique sociale

L’in-déterminé et l’in-fini du chaos initial, pris non dans le sens de désordre mais dans le sens d’un vide, de sans -fond qui renvoie à l’idée d’une matrice primordiale, rend possible l’émergence des êtres humains, responsables de leurs créations et de leurs destinées. Cela constitue le fondement de l’autonomie de l’humain.

« L'homme, comme toute chose dans le monde, est un être complètement matériel. …l'unique créateur de tout notre monde idéal… »[5]

L’in-déterminé rend possible la détermination. L’in-fini positionne l’humain entre le vide, le chaos et sa propre finitude : sa mort.

L’absence de transcendance renvoie l’humain à sa propre limite biologique et lui ôte tout espoir en une vie meilleure ultérieurement.

« La vie, prise dans ce sens universel, n’est point l’application de telle théorie humaine ou divine que ce soit, c’est une création, aurions-nous dit volontiers, si nous n’avions crainte de donner lieu à un mésentendu par ce mot. » [6]

Bakounine évoquera en ces termes « les peuples,… créateurs de leur propre histoire.» : « Qui dit création semble dire créateur et nous repoussons l’existence d’un unique créateur aussi bien pour le monde humain, que pour le monde physique, qui tous deux d’ailleurs n’en forment qu’un seul à nos yeux. Même en parlant des peuples, créateurs de leur propre histoire, nous avons la conscience d’employer une expression métaphorique, une comparaison impropre. Chaque peuple est un être collectif possédant sans doute des propriétés tant physiologico-psychologiques que politico-sociales particulières qui, en le distinguant de tous les autres peuples, l’individualisent en quelque sorte ; mais ce n’est jamais un individu, un être unique et indivisible, dans le sens réel de ce mot. »[7]

Ordre, lois et justice :

Dès lors, la notion de justice ne trouve pas sa légitimité dans un ordre transcendant, dictée et encadrée par les tables de la Loi, ni dans de fumeuses conjectures naturelles sur de prétendues tendances naturelles indépassables mais dans la collectivité politique auto-instituée.

Cette dernière, pour espérer demeurer juste, ne connaît d'autres limites que celles qu'elle se donne elle-même et en permanence réinterrogées menacées par la démesure et l’orgueil des hommes.

L'idée d'une humanité qui s'institue elle-même est rattachée à l'idée d'une autocréation de l'homme.

A cela il convient d’ajouter que « la régulation et le contrôle de l’action collective sont, dans les sociétés humaines, le niveau propre au politique »[8]

Pour se faire, des éléments doivent être posés conjointement :

  • Il n’est pas de loi sociale connue ou imposée d’avance ;
  • Il n’est pas de loi sociale valable une fois pour toute et partout ;
  • Il faut instaurer une loi contre les éléments chaotiques et les risques de démesures possibles que peut porter l’humain mais ces éléments ne rendent pas impossible le mouvement d’autocréation.

"L'essence de l'homme est autocréation". L’homme est celui dont l'œuvre ne peut lui être attribuée par nature ou par une faute originelle ou par une destinée particulière octroyée par le divin; il est l'œuvre de lui-même.

L’homme est fondement de ce qui lui arrivera…il décide et décide à ses risques et périls, dans les limites que lui impose la nature.

La démocratie, un processus dynamique

La démocratie n’est pas un état de chose mais un processus permanent d’institutionnalisation, pluriel et ouvert. Il s’agit d’un processus de création historique qui peut- être constamment remis en question par tout un chacun des membres de la communauté. Il n’est nullement la déclinaison d’un programme préétabli ou de tables de lois ancestrales ou d’arguties pseudo historiques qui permettent de bloquer la création en l’enfermant dans des qualificatifs dépréciatifs comme projet utopiste, esprit de rêveurs…

La démocratie doit être le fruit de la réflexion de l’ensemble des citoyens libres de leurs paroles et leurs actes.

La participation de l'ensemble des citoyens à l’activité législative, gouvernante et judiciaire ne recouvre pas un dispositif indéfini et brumeux, ou une aspiration fumeuse dans un avenir plus ou moins proche, ou encore une déclaration de principe inappliquée bien que constitutionnelle.

Pour ne pas sombrer dans des arguties oiseuses, la participation de toutes et tous à l’autocréation sociale requiert des dispositifs bien réels, vivants et donc en constante reformulation par le débat public.

Des dispositions légales qui facilitent la participation de tous :

  • l'égalité du droit à la parole (droit pour tous de parler devant l’assemblée des citoyens est garantie par la loi; Les lois doivent être effectivement connues de tout le monde, que chacun puisse les voir, dans leur forme aboutie y compris tous les présupposés qui ont fondés les décisions finales et les discussions sur les faits importants qui ont conduit à rendre cette loi.
  • Tout citoyen doit avoir la possibilité de proposer sa motion et de la défendre ou au contraire d'intervenir pour en combattre une. Une proposition peut non seulement être refusée mais aussi valoir de graves ennuis à son auteur. Celui-ci risque en effet de se voir condamné pour illégalité si la motion présentée est jugée néfaste ou incompatible avec la constitution de la cité.
  • l'obligation d’exprimer clairement, de donner son opinion sur les affaires publiques,
  • L’encouragement à l’expression des droits civiques : cela est le corollaire de la proposition précédente et pourrait être étudié pour ceux qui ne prennent pas parti soit par inintérêt pour la chose publique soit par opportunisme, alors que la cité est divisée par un conflit,​

La démocratie par la pluralité des opinions exprimées et entendues :

La démocratie est le régime qui se base sur la pluralité des opinions]. Sa vérité, s'il y en a une, elle la construit par la confrontation, l'opposition, le dialogue; et elle ne pourrait pas exister si l'idée, ou plutôt l'illusion d'une vérité acquise une fois pour toutes devenait socialement effective et dominante. Cette confrontation des opinions exige bien entendu le contrôle et la critique réciproques les plus rigoureux ; et cette réciprocité est précisément indispensable : chacun défend une opinion qu'il croit juste et politiquement pertinente, et c'est pour la faire triompher qu'il critique et combat les opinions des autres.

La démocratie et la création d’espaces

La démocratie nécessite que soit pensée la création d'espaces publics pour les assemblées décisionnelles mais aussi pour les lieux d'expression de la pluralité des opinions publiques

Qui dit espace public, présuppose qu'il y ait des affaires publiques connues et accessibles de tous et que soit imaginé un lieu spécifique où elles sont discutées et réglées par tous.

C’est un espace de discussion et de décision occupant, un lieu institutionnel de première importance au cœur de la cité. La centralité du lieu est primordiale.

Il est important de prévoir un lieu, une place publique de parole et de pensée libre pour que puisse s’exprimer tous les questionnements relatifs aux affaires de la société, non en droit abstrait mais en parole continuelle et effective. Rappelons-nous que l’auto-institution est permanente. La construction démocratique se doit d’animer en continu le projet de société.

La démocratie, expression d’un sujet politique :

Il est également très important que soit spécifié le sujet politique : qui parle ? Qui participe ? Qui propose ? Qui décide ?

Le peuple crée la loi… ?

Bakounine avait mis en garde

Est-ce un groupe d’acteurs sociaux, des êtres humains, avec leurs singularités, leurs appositions et oppositions, leurs ententes et leurs conflits, passagers ou plus permanent, groupés au sein d’une société donnée ? Ou bien est-ce une entité particulière, abstraite… ? Un sujet collectif n’est pas la même chose qu’une pluralité de sujets.

Il importe de situer clairement les limites du sujet. Qui est-il ? Et que fait-il ?

Il est important de se souvenir que l’essentiel n’est pas dans le seul droit, dans les seuls droits et devoirs, dans les lois mais bien dans qui fait la loi ? Et qui décide de son application et des modalités de son exercice ?

La démocratie représentative est de droits mais elle se fonde sur la privation du droit primordial de décider et d’œuvrer.

Que sont les droits de l’homme quand il ne décide pas des grandes orientations de la vie de la société dont il est membre ? Que sont ses droits de citoyens qui se résument à déléguer quelqu’un, dont on ignore tout, pour nous représenter ?

Pour contribuer à la création de ce nouveau sujet historique nécessaire à l’autonomie généralisée, indispensable à l’organisation anarchiste de la société, il importe que le sujet soit défini par la finalité et par l’intentionnalité de l’acte par lequel il décide, qu’il soit individu ou collectif.

Nous retrouvons là la problématique de la capacité politique du sujet.

La capacité de décision et l’autonomie appartiennent au collectif : un sujet social entoure l’individu et le conduise et l’incite à participer et décider dans le cadre collectivement et institutionnellement déterminé. L’obligation sociale qui peut en découler n’est pas du même registre que l’obéissance puisqu’il y a eu une participation à la décision préalable.

La démocratie, expression d’un sujet politique agissant et décidant:

L’anarchisme prône la démocratie directe et cette dernière repose sur quelques principes élémentaires fondamentaux qu’il est bon de rappeler et qui trouvent leur explication dans ce qui a été écrit précédemment.

La nécessaire non permanence des mandats : ceci est important pour éviter la professionnalisation de la représentation et pour inciter tout un chacun à la vie publique.

La rotation des mandats participe du même souhait de voir l’ensemble du corps des membres exercer des fonctions et des missions sous contrôle constant du

Le tirage au sort est aussi une pratique de recherche de participation maximale des membres de la société.

Le mandat impératif : la représentation n’est pas un blanc-seing et il est important de rappeler que c’est l’ensemble social instituant qui décide même dans le cadre de sa représentation.

En guise de conclusion provisoire :

« L’anarchisme ne propose pas la société transparente, la disparition de toute conflictualité, la fin de toute division, l’harmonie globale…Mais l’anarchisme constate que toute société basée sur la division dominant-dominé transforme la justice dans l’intérêt du plus fort, et que dans une société étatique, la Loi n’est que la volonté déclarée des conquérants sur la manière dont ils veulent que leurs sujets soient gouvernés…Pour aboutir à un régime juste, où la liberté et l’égalité de tout un chacun soit reconnue, il est nécessaire d’abolir la domination, c’est-à-dire de construire un système socio-politique dans lequel la capacité… instituante appartienne au collectif et non pas à une partie séparée du reste.

L’anarchie est alors, une figure, une forme organisatrice, un principe (arché) constituant d’un type de société conçue comme une structure complexe, conflictuelle (mais pas divisée politiquement en deux), inachevée indéfiniment évolutive basée sur l’autonomie du sujet de l’action. Ceci suppose l’abandon du paradigme de la domination…et la suppression de toute forme d’organisation hierarchique d’autorité institutionnelle.L’anarkhia est un principe qui s’oppose à un principe de commandement (arkhé) ou de domination.

L’anarchisme propose l’institution d’une société sans contrainte politique, une société égalitaire, l’abolition de la différence de rangs et de fortunes. »

Et l’Individu…Le problème est complexe, la société n’est pas un conglomérat de perfections, ni une addition d’individus. L’autonomie est nécessairement contextuelle, personne n’est autonome, ni isolé du monde ni dans un monde hétéronome.[9]

« Ma liberté se complète et s’étend avec la liberté de l’autre. » Bakounine

[1] Eduardo Colombo, l’espace politique de l’anarchie, atelier de création libertaire, 2008

[2] Eduardo Colombo, l’espace politique de l’anarchie, atelier de création libertaire, 2008

[3] Bakounine, dieu et l’état,

[4] Eduardo Colombo, l’espace politique de l’anarchie, atelier de création libertaire, 2008

[5] Bakounine, dieu et l’état,

[6] Bakounine, fédéralisme, socialisme et antithéologisme

[7] Bakounine, fédéralisme, socialisme et antithéologisme

[8] Eduardo Colombo, l’espace politique de l’anarchie, atelier de création libertaire, 2008

[9] Eduardo Colombo, l’espace politique de l’anarchie, atelier de création libertaire, 2008

Éléments de philosophie anarchiste
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